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LES MOBILITES ETUDIANTES - OBSERVATOIRE NATIONAL DE LA VIE ETUDIANTE

[Ean : 9782110091024]
Auteur : ERLICH VALERIE
Résumé du livre : Cet ouvrage fera date. En effet, les questions de mobilité étudiante se posent avec plus d'acuité que jamais. Sont-elles portées par les politiques nationales, européennes ou internationales ou par la poussée de la demande d'éducation et de formation ? C'est bien une des questions qui se posent et que pose Valérie Erlich quand elle distingue l'étudiant étranger de l'étudiant international. Mais c'est aussi la question qui vient à l'esprit quand Claude Guéant veut renvoyer chez eux les étudiants sans opportunité d'expérimenter leurs nouveaux savoirs et leurs compétences dans l'emploi en France. Valérie Erlich s'interroge sur la spécificité des mobilités étudiantes intra-européennes, portées par des politiques récentes, dans le cadre de programmes tel Erasmus, celles-ci se traduisent par des séjours de courte durée, intégrés dans des cursus menés dans les pays d'origine. Ces mobilités s'inscrivent dans les politiques européennes d'enseignement supérieur menées depuis une dizaine d'années, l'enjeu étant de construire une Europe de la connaissance, une Europe compétitive qui s'appuiera sur une main-d'œuvre hautement qualifiée, mobile et européenne. Ce projet a insufflé une cascade de réformes sur l'architecture des institutions d'enseignement supérieur (IES) qui n'a pas entamé la spécificité de chacun des systèmes nationaux. La question centrale de cet ouvrage est donc bien celle de l'identification des mobilités portées par les programmes tels Erasmus ou Socrates au regard de l'ensemble des mobilités européennes et internationales. Trois angles sont abordés, les fondements des politiques de mobilité, l'état de ces mobilités, les enjeux individuels et les conditions de ces mobilités. Les questions de définition permettent de circonscrire les objets d'analyse. Et, nombreuses sont, en effet, les interrogations sur ces mobilités étudiantes. Les questions posées par V. Erlich conduisent ainsi l'analyse. Ces étudiants sont-ils des migrants comme les autres et sinon pourquoi ? Quels sont les facteurs qui différencient entre eux les étudiants en mobilité ? La durée du séjour, les enjeux, la diplomation ou l'acculturation, l'installation ou le retour ? Mais surtout, parle-t-on de migration ou de mobilité ? Et, de fait, on est bien obligé de constater que les enjeux politiques qui inspirent les États ont peu à voir avec les stratégies des individus. V. Erlich distingue quatre enjeux politiques qui différencient les modalités des migrations étudiantes dans leur ensemble : l'un vise la compréhension mutuelle, c'est le cas de ce programme européen Erasmus, l'autre les migrations des personnes qualifiées, c'est le recrutement international des élites, le troisième cherche des recettes, et donc implique le financement de leurs études par les étrangers, au Royaume-Uni ou en Australie, le dernier, enfin, concerne le renforcement des capacités, c'est le cas dans l'exportation de cursus européens vers l'Asie ou le Moyen Orient. Quant aux étudiants, ils se différencient selon de nombreux paramètres qui recouvrent autant leurs caractéristiques nationales et socio-scolaires que les supports sur lesquels s'appuie leur mobilité. On distingue ainsi les institutionnels , des autonomes qui vivent des expériences de mobilité fort différentes. Les uns sont intégrés dans des programmes qui les cadrent, les autres sont livrés à eux-mêmes et peuvent vivre un isolement déstabilisant. V. Erlich rappelle que pratiquement toutes les disciplines de sciences sociales sont impliquées dans l'analyse de ces mobilités étudiantes qui relèvent autant du politique, de l'économique, du social que du psychologique. En effet, on assiste à des politiques plus ou moins versatiles qui ne sont pas sans effet, à des conditions particulières de socialisation et d'intégration plus ou moins temporaires selon les institutions, les disciplines ou les programmes, à des modalités d'adaptations psychosociologiques dépendantes des distances culturelles, économiques et sociales entre pays d'origine et pays d'accueil, mais aussi des conditions particulières du vécu dans la mobilité. Les mobilités ou migrations étudiantes ne sont donc ni uniformes, ni aléatoires, elles s'inscrivent dans des contextes sociohistoriques et sociopolitiques qu'il faut identifier pour comprendre les spécificités de ces migrations . Cet ouvrage qui rassemble les acquis des travaux de recherche des dix dernières années sur ces questions au niveau européen, mais aussi au regard d'autres formes de mobilités internationales est donc un guide pour comprendre et peut être une aide pour anticiper. La mobilité étudiante n'est pas une nouveauté, elle s'est développée dès les années soixante, à la fin des colonisations, entraînant dans son sillage une fuite des cerveaux dénoncée avec force par les pays d'origine. Aujourd'hui, on assiste à une pluralité des formes de ces mobilités dont les enjeux, les modalités et les effets ne doivent pas être éludés, comme le précise V. Erlich. On peut, bien sûr, distinguer les relations Nord Sud, des relations Nord Nord, mais, on notera également l'émergence de relations Sud Sud. Le sens des mobilités différencie des trajectoires, mais aussi des enjeux, il reflète également l'état des relations internationales, leur dynamique et le sens de leurs évolutions. Nous l'évoquions nous-mêmes dans un précédent ouvrage (2009), les mobilités étudiantes se distinguent des migrations économiques, car elles présupposent le retour, même si celui-ci n'est pas toujours au rendez-vous ; elles s'en distinguent encore par les modes d'intégration des jeunes qui, au sein des institutions d'ES, trouvent des repères et opèrent une socialisation qui les affilie quelque peu. Mais les petits boulots, les difficultés financières, les échecs universitaires pour certains, et le sentiment de ne pas être vraiment intégrés marquent cette expérience pour un grand nombre d' autonomes . Ces aléas sont le plus souvent épargnés aux boursiers intégrés dans des programmes et accompagnés dans leur mobilité. Les statistiques le démontrent, les pays occidentaux captent la majeure partie de ces mobilités qui se diffusent. Cinq pays attirent et accueillent le plus grand nombre d'étudiants : les États-Unis, l'Australie, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Mais, distinguons rapidement comme le fait V. Erlich les mobilités passagères, forme de tourisme approfondie que vivent les Européens au cours de leurs études, via les programmes cités, de séjours plus longs et diplômants. Ces mobilités intra-européennes instituées ont pour finalité la construction d'un espace européen, d'une identité européenne qui transcende les différences tant linguistiques que sociales ou politiques. Elles ne concernent pourtant que 3% des jeunes européens. Elles se différencient sur différentes dimensions : le pays d'origine, l'institution d'origine, la discipline et, bien sûr, les caractéristiques des étudiants (Ballatore, 2011). On soulignera les différences, en France, entre les jeunes des écoles qui font pratiquement tous une expérience de stage à l'étranger, des étudiants des universités qui, selon leur cursus et leurs ressources, feront ou non ce voyage initiatique via un programme d'échanges. Les traditions nationales différencient encore l'engouement pour cette expérience. Les Anglo-Saxons sont moins mobiles que les Grecs ou les Italiens, l'attrait et l'attractivité sont ainsi hiérarchisés selon la position des pays dans l'espace européen. Et cinq pays captent plus de la moitié des échanges institutionnalisés (le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne). De même, les jeunes européens sont plus attirés par les Etats-Unis que les jeunes américains n'accordent de crédit à nos institutions. Ces mobilités passagères ont peu à voir avec les séjours de plus longue durée, qu'il s'agisse encore de ressortissants européens ou d'ailleurs. Si la politique européenne a eu un impact fort, au moins au niveau symbolique, si elle fait évoluer la place des langues et du voyage d'ouverture dans les cursus, elle a donc peu à voir avec d'autres formes de mobilité étudiante, encadrées ou non par des bourses. En effet, les jeunes, en particulier du Sud ou d'Europe de l'Est qui partent pour de longs séjours quérir des diplômes, vivent dans des conditions souvent difficiles, puisque seuls 20% d'entre eux obtiennent une bourse. Mais, là encore, les conditions varient selon bien des paramètres, tant en termes de conditions objectives et matérielles que subjectives. Les Sud-Américains estiment que les gens du Nord sont froids et peu accueillants, ils se replient sur leur communauté, mais n'ont pas trop de problèmes d'affiliation universitaire, ils reconnaissent les codes et les règles. Les jeunes de pays plus dominés, d'Afrique en particulier, s'ils n'ont pas toujours de problèmes linguistiques ont du mal à comprendre et à vivre les conditions académiques et sociales imposées ; quant aux Asiatiques, repliés sur eux-mêmes, il leur faut réussir, car ils ne peuvent perdre la face et rentrer sans diplôme. Ce n'est pas pour autant que d'autres clivages ne dissocient pas les individus au sein de ces communautés, l'origine sociale, une bourse, des proches résidents sont des marqueurs de ces trajectoires de migration. De plus, tous ces jeunes qui opèrent une rupture dans leur socialisation, qui s'éloignent des modes de vie et des contraintes de leur pays d'origine estiment qu'ils auront du mal à procéder au retour. Celui-ci est difficile à estimer réellement (Gérard, 2008), mais il semble que 75 % des migrants pour études, boursiers ou non, tentent l'installation dans le pays d'accueil, les mariages mixtes accentuant ce phénomène. Il n'est pas étonnant alors d'assister à un regain des inquiétudes sur la fuite des cerveaux (Vinokur, 2008), à une tentative de mesure des effets et des retombées de ces migrations, retombées directes ou indirectes, économiques, scientifiques ou culturelles, pour les pays d'accueil et les pays d'origine. Comme le souligne V. Erlich, la connaissance des mobilités étudiantes reste lacunaire tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif, tant sur leur organisation concrète que sur leurs retombées, sur le plan individuel ou collectif. Ces mobilités sont multiformes et demandent une analyse approfondie de leurs conditions objectives ce qui n'a pas été fait d'autant que les données restent éparses, partielles et peu fiables. Quant aux politiques européennes de mobilité temporaire qui ont initié les programmes Erasmus, Coménius, Socrates… elles sont à la limite marginales et élitistes, elles sont loin de susciter les mêmes problématiques que d'autres mobilités. Les étudiants restant inscrits et affiliés dans leur IES et leur pays d'origine, leur acculturation est tout aussi passagère que leur séjour. Mais, ces mobilités sont-elles prédictives d'autres mobilités ? Participent-elles de la construction de profils européens ou internationaux ? Cette question, en suspens, mérite d'être posée.
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  • Editeur : ECOLE DU LOUVRE
  • Collection : PANORAMA DES SA
  • Date de parution : 28/09/2012
  • Format : 21.00 cm x 15.00 cm x 1.00 cm
Disponibilté :
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